Aux bouilleurs de cru

16 novembre 2014
Le Breuil

 Tout le monde, à la simple condition d’être propriétaire ou locataire d’au moins un arbre fruitier et/ou d’une vigne, peut distiller sa propre récolte dans un atelier public à condition d’effectuer une déclaration au service des Douanes. Jean-Pierre Blanchard est distillateur ambulant et habite Sormonne dans les Ardennes. Dans le métier depuis 43 ans, il condense la mirabelle, la poire, le vin en sillonnant par monts et par vaux les départements des Ardennes, de la Marne et de l’Aisne. Cet alchimiste a garé pendant quelques jours son alambic sur le territoire de la commune de Le Breuil, dans la vallée du Surmelin.

Comme le regrette Jean-Pierre Blanchard, « les campagnes de lutte contre l’alcoolisme ne facilitent pas le travail des distillateurs ». Néanmoins, de nombreux clients sont tout de même venus apporter leur récolte ramassée et fermentée avec amour. Le « glou-glou » de l’énorme cocotte-minute cuivrée et les effluves d’un breuvage au bon goût de terroir sont une merveille. Au bout d’une heure, lorsque coule le léger filet d’eau de vie au pied de l’alambic, alors les yeux des bouilleurs brillent de mille feux. Tout en vérifiant à plusieurs reprises le titre d’alcool -celui-ci doit être ramené impérativement d’environ 90 degrés à 50- muni d’une louche qui aurait du mal à trouver sa place dans une cuisine, le distillateur brasse délicatement le précieux liquide afin d’éliminer les huiles essentielles négatives. Y a pas à dire : c’est tout un art !

Chaque bouilleur de cru repart en fin de journée avec un ou plusieurs bidons contenant la précieuse goutte et le « titre de mouvement » délivré par la Direction Régionale des Douanes et Droits Indirects autorisant le retour des alcools obtenus. Au fait, combien ça coûte ?  Jusqu’en 1960, un privilège héréditaire accordé par Napoléon en personne exonérait de taxes les bouilleurs de cru. Dans le souci d’assurer le maintien de ces activités auxquelles le monde rural est attaché, la loi permet désormais à quiconque de faire distiller son eau de vie, à raison de 20 litres à 50° chaque année en payant une taxe à taux réduit de 4,30€ par litre. Au-delà, le bouilleur de cru paie plein pot, soit 8,5931€ par litre. Cette mesure a en quelque sorte sauvé une tradition qui fleure bon la campagne.
Dominique Bré
Crédits photos : Dominique Bré

 Jean-Pierre Blanchard : 5 rue du Métier. 08150 Sormonne. Tél : 06 08 24 97 78.

Ajouter un commentaire