Le retour des princesses à Crouttes sur Marne

8 octobre 2010
Crouttes -sur-Marne

Les abeilles de Nathy

 Le retour des "princesses" à Crouttes sur Marne

Les abeilles de Nathy   Petites et bourdonnantes, de rayures vêtues, elles sont toutes filles de reine.... Donc ce sont des princesses... Et si ! Les abeilles sont de sang royal, ne vous en déplaise...

Aviez-vous remarqué que depuis deux ans elles étaient plus nombreuses à Crouttes-sur-Marne ? C’est qu’aux portes du village se trouve une petite ruche. Pas trop près des maisons je vous rassure, entre la forêt et le cimetière.

 Eh oui, Crouttes a un rucher officiel et déclaré.

Bon, ne cherchez pas à en acheter le miel, elles produisent très peu. Production familiale dont la plupart sera engloutie par mon "Winnie l’ourson" de papa .

Ce sont mes abeilles, mes filles, mes titines....

 Je ne les force pas à produire... Elles ne sont pas là pour m’enrichir; juste parce que j’aime les abeilles plus que j’aime le miel, d’ailleurs.

J’aime les regarder voler autour de moi, bourdonner gentiment, se poser sur les fleurs.

Bon, c’est sûr, j’aime moins les piqûres et les mauvaises surprises que peut avoir un apiculteur amateur comme moi : comme cet été, l’invasion de fausse teigne, un parasite papillon qui pond dans les ruches, et qui a causé la perte de l’une de mes 2 ruches.

 Mais laissez moi vous raconter le commencement, et le hasard des rencontres qui les a faites arriver jusqu’ici.

 J’ai souvent des idées farfelues. L’idée de suivre un apiculteur pour en apprendre plus sur les abeilles me tentait bien. Juste comme ça, histoire d’en savoir un peu plus. Il faut dire que j’aime beaucoup ces insectes qui, à l’époque ne m’avaient jamais piquée. comme beaucoup, j’étais fascinée par leur organisation.

 J’ai rencontré Géraldine sur une brocante où elle vendait ses pots de miel. On a discuté un moment. Par hasard j’ai demandé si elle et son mari acceptaient des apprentis. Comme ça, au culot, mais sans conviction.

c’est ainsi qu’un matin de mai, je débarquais chez la famille Colin pour tomber face à face avec :

Monsieur Colin (Merlin)  MERLIN L’ENCHANTEUR !

Le même que dans le film de Disney, (la robe bleu et la magie en moins), cheveux et barbe blanche, chapeau de paille à voilette sur la tête, enfumoir à la main, bougonnant un chouia de temps en temps, mais d’une gentillesse qui n’a d’égal que sa générosité....

J’y suis allée une dizaine de jours seulement en 4 mois suivre une formation express et J’ai appris beaucoup de choses avec lui, sur les abeilles et l’apiculture, bien sûr, mais aussi sur divers sujets, les poules, le jardin, le Burkina Fasso... J’y reviendrais.

Très vite je me suis sentie "en famille" là-bas. Bizarrement quand je vais les voir, c’est un peu comme si j’allais rendre visite à des grand-parents. On déjeune ensemble et je ne repars jamais sans quelques oeufs et légumes.

 M. Colin a dans son grand jardin, une vingtaine de ruches dispersées dans un beau verger à l’herbe haute (les abeilles n’aiment pas la débroussailleuse et affectionnent les petites fleurs sauvages). il a aussi une dizaine de ruches dans les environs et une vingtaine d'autres dont il s’occupe et dont il partage le miel avec les propriétaires. Bref ça fait du boulot et une bonne population de butineuses ! Cela lui permet de râler un peu qu’il n’a pas une minute à lui, bien qu’il soit à la retraite !

 Il a une grande véranda (bien chaude...) Où le miel finit de mûrir dans de grands futs en métal de 100 litres. On verse le nouveau miel dans les tamis au-dessus, il s’écoule en fines gouttelettes dorées. Une fois l’eau évaporée, on le met en pot..... Tous ces pots ! Il y en a partout ou presque. la maison est grande. L’atelier... Plein de pots de miel..... La buanderie.... Plein de pots de miel.... l’armoire de l’entrée... Plein de ...

Au grenier, il y a le bois et le matériel pour faire les cadres avec du fil de fer et des feuilles de cire gaufrée que les abeilles bâtiront en fabricant des cellules où elles stockeront le miel et le pollen et où pondra la reine.

Ces feuilles de cire que l’on achète toutes faites, ont été passées entre 2 cylindres pour leur donner cette forme spéciale : un fond préformé d’hexagones, permettant aux abeilles d’amorcer les cellules de façon régulière. L’apiculteur se charge de fixer cette feuille sur les fils du cadre par un léger circuit électrique. Et c’est pas si évident à faire ! Je n’ai pas réussi une seule fois sans faire de petits trous dans la feuille. Ça demande un peu d'entraînement !

le garage : une grande pièce qui n’a pas dû voir de voiture depuis longtemps tellement elle est pleine. Au mur, au milieu d’un bazar de bricoleur, des modèles de vieilles ruches en terre qui appartenaient à son père ! Au milieu, un établi de menuisier avec une grande scie circulaire, et à côté une immense "cocotte minute" spéciale pour faire fondre la cire, des sacs de copeaux pour allumer les enfumoirs, etc... Et tout ça dans une bonne odeur de cire, de miel et de propolis.

  La propolis ??? Rassurez-vous, je ne savais pas non plus ce que c’était. C’est un produit que les abeilles trouvent sur les bourgeons de certains arbres, (bouleau, marronniers, etc..) C’est une résine antibactérienne (utilisée en pharmacie d’ailleurs car très efficace) qui leur permet de colmater les trous de la ruche, la cire ne servant qu’à faire les rayons. Ce qui est marrant c’est qu’on peut la mâcher comme du chewing-gum. Ça n’a pas beaucoup de goût, mais c’est inusable. Par contre dans la ruche, ça colle !!! Et Cela permet à Merlin de râler quand les abeilles en ont mis partout et qu’il n’arrive pas à décoller les cadres ! (ce que je fais aussi d'ailleurs avec les miennes, quelle manie de tout coller !)

 À moins que le temps ne soit à l’orage, nous n’utilisions aucune protection. Si, si, elles sont gentilles les tites abeilles en principe. Mais quand il ne fait pas beau, ça les agace car elle ne peuvent pas aller butiner ou bien le nectar des fleurs ne monte pas et elles n’ont rien à faire d’autre qu’à... nous piquer !!!! Aie !!!!

 Ensuite ça dépend des ruches. Certaines sont très calmes, un coup d’enfumoir et un beau panache de fumée blanche "pour dire bonjour" comme dit Merlin, et elles nous laissent faire... Et d’autres ruches....ouille , Ah, les garces !

 J’adore sa façon d’arriver devant une ruche, de regarder les abeilles qui volent autour en disant " alors les gonzesses, on bosse ?"

Un coup d’enfumoir et on ouvre la ruche pour voir où elle en est.... La quantité de miel, s’il faut mettre des "hausses" en plus, c’est à dire un carré de bois qui "agrandit" la ruche avec des cadres à remplir de miel. Pour les autres, on vérifie l’avancement des travaux de construction, l’état du couvain, si c’est des fifilles qui vont devenir des butineuses, ou bien des mâles que l’on appelle "faux bourdons" (eux ne piquent pas, chouette…)

 S’il y a trop de couvain mâle c’est signe que la reine est peut-être morte. On appelle cela une "ruche orpheline", et elle ne produira rien, sauf si on aide au remplacement de la reine.

On déplace parfois un cadre de couvain d’une ruche à une autre, et on marque les nouvelles reines avec de la peinture dont la couleur change chaque année.

 J’ai eu l’occasion de voir faire Mr. Colin... Déjà, faut avoir de bons yeux pour la trouver, la reine ! Même si elle est un peu plus grosse, il y a foule autour d’elle !

 Il la fait rentrer dans une petite boite spéciale : Pauvre titite reine, toute seule captive, éloignée de sesUne ruche filles. Elle chantait d’un Bziiizziiizzzii plaintif (et oui, ça chante une reine !)... Et le colorant qui n’était pas assez liquide. Merlin a eu du mal à mettre une petite boule de couleur sur le dos de sa majesté avant de la remettre avec les siens.... Cela lui a permis de râler un peu après son fournisseur qui ne vendait pas de "dissolvant spécial".

 Nous allions de temps en temps au prieuré du coin car les moines ont plusieurs ruches dans leur parc. Comme celui-ci se visite, ils en profitent pour vendre du miel aux touristes.

 L’hiver dernier, ils ont coupé un très vieux tilleul et ont eu la surprise de trouver des abeilles dedans. Le morceau de l’arbre où se trouvait la ruche a été laissé sur place et mon pauvre Merlin a essayé tant bien que mal de récupérer les abeilles petit à petit en mettant des hausses à miel sur le morceau de souche. C’est très artisanal parfois la vie d'apiculteur. Et il en profitait pour râler un peu après les bûcherons !

 Bien sûr, au printemps certaines ruches "essaiment", la vieille reine laisse la place à une nouvelle et s’en va avec une partie des abeilles.... Et Merlin leur court après !

"Revenez les gonzesses ! Je vous ai fait une ruche toute neuve !!"

 Avec lui, j’ai été récupérer 3 essaims. Les deux premiers étaient situés dans des arbres, et il fallait les déloger d’un coup de balayette sur une bâche avant de leur demander poliment de rentrer dans la ruchette installée à côté.

 Et oui, les abeilles ça se balaye... Ça rime, ça ferait un joli titre de chanson !

"les a-beilleeeees , ça se ba-layeeee", Oooh yé"

 Je pensais qu’elles seraient mauvaises de se faire bousculer ainsi, mais pas du tout. Un peu du fumée blanche pour les pousser dans la ruchette, et elles comprennent vite.... Sauf bien sûr quand l’enfumoir a des ratés, et qu’il menace de s’éteindre en crachotant de minables volutes.

Là, il faut repartir à la camionnette pour aller le rallumer.

 Et Merlin en profitait pour râler un peu après son enfumoir !

 D’année en année, il a l’habitude et connaît les arbres et les endroits où les abeilles ont l’habitude d’essaimer. Alors en prévision, il place une ruche vide à côté. Ainsi, parfois, les nouvelles abeilles y vont toutes seules. Au Prieuré, c’est ce qu’il avait fait à côté du vieux puits (c’est pourtant à plus de 30 mètres du rucher). Effectivement un nouvel essaim s’y était installé.

Sauf qu’en deux jours, elles avaient déjà bien avancé les travaux. Il n’avait mis que deux cadres et l’un d’eux avait déjà du miel ! Mais les abeilles avaient aussi déjà construit des rayons à l’endroit vide en toute anarchie et, quel dommage, il fallait détruire cette partie pour y mettre des cadres bien droits. Comme ils étaient beaux pourtant, de beaux rayons d’une blancheur de perle ( la cire n’est pas jaune quand elle est neuve)... Avec aussi un peu de miel que j’ai pu goûter. Qu’est ce que c’était bon ! Bien meilleur qu’en pot.

cadre ravagé par la fausse teigne  Quand à la vieille cire toute jaune-marron, elle se recycle. On met tout dans la cocotte minute du garage, avec les cadres et les déchets. On allume et peu de temps après la cire fondue coule par un robinet dans une écuelle en émail. Sauf que l’on ne reste pas forcément devant, si on s’occupe d'autres choses et qu’on oublie de vérifier..... Aïe ! L’écuelle avait débordé et la cire s’était répandue sur le sol poussiéreux du garage... ! Là il y avait de quoi râler, c’est sûr.

 À la fin de l’été, je lui ai acheté du matériel et deux ruches, qu’il est venu en personne amener à Crouttes sur Marne et installer tout en bas de l’escalier de pierre, au fond du terrain. Ce ne fut pas évident de descendre ces lourdes ruches sur l’équivalent de 3 étages entre la rue, où était garé le camion, et la place que je leur avais réservée. La première ruche, que j’ai appelé "ruche Orly", n’était pas trop lourde : une vingtaine de kilos pour 30 à 40 000 abeilles.

La deuxième ruche, "Roissy" était, elle, bien plus lourde : 60 000 abeilles. Je précise qu’elles étaient enfermées dans la ruche, bien sûr !

Une fois les ruches en place, on a enlevé les morceaux de mousse qui fermaient les ouvertures. Elles sont sorties tout doucement, et découvrant qu’elles n’étaient plus au même endroit, elles se sont retournées face à leur ruche, en vol stationnaire. C’était étonnant à voir. Mon apiculteur m’a expliqué qu’elles repéraient les environs de la ruche pour la retrouver ensuite.

 Je pensais qu’elles seraient de mauvaise humeur, enfermées dans leur ruche depuis la veille, trimballées en voiture puis secouées dans les escaliers. Et bien pas du tout. Tous les deux jours il fallut les nourrir de sirop de maïs, car elles n’avaient pas encore suffisamment de réserve de miel pour tenir tout l'hiver. Avec un temps froid et pluvieux, elles ne peuvent pas sortir pour aller butiner, et en septembre, le nectar des fleurs se tarit petit à petit.

 Entre la ruche et le toit, il y a un "nourrisseur", une caisse spéciale où j’ai eu juste à verser le sirop que mon apiculteur m’avait fourni avec. Il est sympa et prévoyant. il fallait quand même que j’ouvre les ruches pour les nourrir. Un petit coup d’enfumoir "pour dire bonsoir les "gonzesses" comme il dit ! Ah non, pardon... Les "princesses", c’est vrai. Je les ai baptisé ainsi depuis... C’est plus mignon tout de même !

 Au cours de ces deux ans, mes abeilles se sont bien habituées. Et s’il n’y avait pas eu cette invasion de fausse teigne..... L’année dernière j’ai récolté plus de 30 kilos de miel tout de même... 4 cette année ! Aïe !

Quand à Mr. Colin, en plus de ses nombreuses ruches, lui et sa femme Géraldine oeuvrent bénévolement pour une ONG et partent régulièrement au Burkina Fasso pour donner gratuitement des cours d’apiculture dans les villages africains. Ils se sont fait de nombreux amis là-bas et me font partager leurs expériences parfois pittoresques au travers de leurs albums photos.

Les abeilles, parfois, peuvent vous emmener très très loin, je n'aurais pas cru....

Nathy

Propos recueillis par Claude David
Crédits photos Claude David & Nathy

Commentaires (1)

1. Aymeric 05/11/2010

Très touchant comme récit.
Il faut aider les abeilles ! C'est crucial pour notre planète !
Bravo à vous !

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