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5 octobre 2009 Claude David
Le Familistère de Guise Pourquoi cette visite ? Vient-on visiter le Familistère de Guise vraiment par hasard ? Au moins par curiosité, parfois par intérêt pour la chose industrielle, plus précisément parce qu'on s'intéresse aux utopies sociales. Une seule de ces raisons suffira. Le Familistère de Guise est une utopie réalisée ce qui en fait une réalisation exceptionnelle et très impressionnante. Un parcours étonnant
L'histoire commence très modestement au milieu du XIXème siècle quand Jean-Baptiste Godin, apprenti serrurier commence son « tour de France ». Qui peut imaginer alors le parcours incroyable qu'effectuera ce jeune homme qui en quelques années sortira de la misère terrible du monde ouvrier que décrit Zola son contemporain pour devenir l'inventeur des fameux poêles Godin et des cuisinières en fonte du même type, puis un puissant industriel qui embauchera plus de 2000 ouvriers. Enfin, un penseur, un philosophe et un politique qui mettra en application les idées des « socialistes utopistes » comme Charles Fourrier. En fait, le seul à avoir réalisé son rêve, un rêve qui perdurera plus d'un siècle. Ironie du sort : jusqu'en 68. Le Palais social Quel drôle de patron, quel précurseur, que ce Godin ! Avec parfois un siècle d'avance, il prônera l'autogestion, la participation (idée que De gaulle ne pourra pas réaliser), l'égalité homme-femme (toujours pas fait), et innovera dans plusieurs domaines dont celui, le plus spectaculaire car tangible, de l'architecture. Qu'est-ce que le palais social ? Une cité à la campagne, où vivront les ouvriers de son usine (sans obligation), un complexe alliant confort, espace, innovation, dans l'esprit de fraternité et de partage qu'il avait lui-même connu lors de son compagnonnage. Trois grands bâtiments à étages avec cours intérieures chapeautées par des verrières pour préserver chaleur et lumière, 500 appartements (il occupera l'un d'eux), dont la plupart ont une surface de 60 m2 pour une famille de cinq personnes, des plafonds hauts, la possibilité de moduler l'espace quand la famille s'agrandit, l'éclairage au gaz, le meilleur confort de l'époque réservé habituellement aux classes sociales aisées. Et à deux pas, l'économat (coopérative pour les biens de consommation à prix réduits), les écoles, laïques, gratuites et obligatoires bien avant la loi Jules Ferry, et... mixtes ! (Plus de cent ans d'avance). Une buanderie pour le lavage et le séchage du linge, alimentée par les eaux d'un puits artésien et chauffées par l'usine. Pour les loisirs, un théâtre à l'italienne, une bibliothèque.
Des conditions hors pair Des journées de travail allégées (pour l'époque), ce qui n'empêchera pas Godin de payer mieux ses ouvriers et de leur ouvrir son Capital en les rendant actionnaires. Inutile de dire que tout cela provoquera en son temps une certaine jalousie au sein de la petite ville de Guise, et une situation politique effrayante pour le patronat de l'époque. Comment ? Les ouvriers peuvent être mieux payés, sans mettre en péril l'usine et le capital ? Quel mauvais exemple ! Heureusement qu'on a beaucoup de choses à reprocher à ce Godin. Et d'abord on ira lui chercher des noises sur le terrain de sa vie privée. Il sera néanmoins soutenu par sa deuxième femme qui le complètera parfaitement dans les domaines qui lui étaient plus familiers, en particulier à destination des femmes et des enfants. L'hygiénisme Jean-Baptiste Godin sait que le travail de la fonte endommage les bronches de ceux qui la manipule. Il veut que l'usine soit bien séparée des logements. Il veut de l'oxygène, des espaces verts, des jardins. Pas question que les enfants travaillent dans ses ateliers. Leur place est à l'école. Et puis il y a la piscine, dans laquelle on apprendra aux enfants à nager pour qu'ils n'aillent pas se noyer dans l'Oise toute proche, une petite piscine mais moderne et ingénieuse. Où est l'église ? Ne cherchez pas. Godin est sans doute croyant mais complètement laïque. Il y a des catholiques et des protestants à Guise et rien n'empêchait bien sûr de se rendre à l'église ou au temple de la commune. Certains seront choqués que la « cité idéale » ne contienne pas de lieux de culte. Ce n'est pas non plus une cité« radieuse ». Et Ford l'a-t-il fait ?
Pas un rigolo Sûrement, cette utopie réalisée n'a pas été un long fleuve tranquille. Et ce Godin, regardez-le, n'avait pas l'air d'un rigolo, il faut se resituer dans l'époque. Beaucoup d'ouvriers ont profité du Palais social sans doute avec méfiance, avec incrédulité... C'était également des hommes venus de la campagne, sans instruction. Certains ont volé ou dégradé et se sont vu chassés du Palais social et de l'usine. Beaucoup n'ont pas adhéré complètement aux idées ce qui s'explique très bien. Ces hommes et ces femmes n'avaient pas non plus la force et l'obstination d'un Godin au milieu d'un environnement hostile. En tout cas, ce que Jean-Baptiste a dit et écrit, il l'a fait ! Et en cela, la démarche est exemplaire. Et unique.
Y aller, y manger Compter une heure à une heure et demie pour vous rendre à Guise, au nord de Saint Quentin et Laon. On peut choisir de prendre l'autoroute par Reims ou couper par Soissons. Les visites sont guidées, je vous recommande celle de 10 h 30 qui vous permet de déjeuner sur place dans le petit restaurant très sympathique, accueil chaleureux, plats du jour et produits locaux en vente. Ensuite, on peut profiter de l'après-midi pour voir les sites en accès libre ou se promener dans les jardins. Claude David Crédits photos : Claude David
17 octobre 2008
En balade à Villers-Cotterêts : le musée Alexandre Dumas
Une belle maison dans une cour, 24 rue Desmoutier.

C'est petit, mais précisément, on a le temps de tout voir et de retenir quelque chose. Tableaux représentant successivement les trois Dumas, Alexandre dans ses périples, des écrits, des bustes et des commentaires suffisants pour le néophyte qui ressortira avec l'envie de lire ou relire les aventures romanesques du grand Alexandre Dumas. Un dernier salut à sa photo le représentant déjà âgé, toujours aussi rond, frisé et basané, avec son œil malicieux dans lequel transparait ce caractère affirmé que l'on retrouve dans les trois générations. Un objet intéressant à rapporter : un jeu de 7 familles qui documente bien et simplement sur les Dumas et le XIXème siècle.
Quelque chose d'Obama Connaissez-vous les 3 Dumas ? on dit souvent Dumas père (Alexandre) et fils, mais n'oublions pas le grand-père (le père d'Alexandre) qui devint général grâce à Napoléon Bonaparte, lui qui était fils d'une esclave haïtienne ! D'où le métissage très visible d'Alexandre, un métis dans le "Monde", ce n'était pas courant pour l'époque.
Alexandre le bienheureux Le plus célèbre des Dumas, ne cherchez pas sa tombe à Villers-Cotterêts, son corps a été "panthéonisé"(en 2002), après quelques vicissitudes puisque décédé près de Dieppe pendant la guerre de 1870, il ne put être enterré tout de suite dans sa ville natale. L'auteur des Trois Mousquetaires a écumé l'Europe et l'Afrique du nord, fit construire un théâtre, fut en faillite et dû s'exiler comme son ami Victor Hugo. Comme lui, il s'engage en politique, et entretient notamment une correspondance avec un autre écrivain engagé : George Sand.
Cent pour cent On gardera de lui l'image d'un homme prolifique qui ne sait rien faire dans la demi-mesure, il a écrit 300 romans, relevé des centaines de recettes de cuisine et... revendique lui-même des centaines d'enfants !
Et Dumas fils dans tout cela ? L'auteur de la Dame aux Camélias (qui devint à l'Opéra, la Traviatta) n'avait évidemment pas l'envergure de son père et s'opposait à lui par son sens appuyé des vertus morales. Il fut un donneur de leçons un peu agaçant (encore plus sous notre regard d'aujourd'hui), ce qui le conduisit à être caricaturé -comme on s'y attend- pour des raisons inverses à celles de son jouisseur de père. Voyez que les chiens font parfois des chats !
Claude David Crédits photos : Claude David
Musée ouvert tous les jours de 14 h à 17 h sauf mardi et dernier dimanche du mois, jours fériés et vacances de Noël www.mairie-villierscotterets.fr
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