Chronique californienne, saison 2 (suite)

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(02/03/2008) - Un axonais en Californie : Clint Eastwood
Chronique californienne, saison 2 (16 ème jour)
Clint Eastwood

Une consultation médicale
Comme je vous le disais l’autre fois, voir un médecin à domicile est ici impossible pour le commun des mortels. Une solution :  rendre un rendez-vous dans une clinique, mais vous allez voir, ce n’est pas simple. La première question qu’on vous pose est : « Allez-vous pouvoir payer ? », si vous êtes bien assuré, ce qui est rare ici, la consultation vous coûtera de 20 à 60 dollars, suivant votre assurance, différente d’une société à l’autre.

Si vous êtes étranger, que vous avez prouvé votre couverture sociale internationale et donné un numéro vert pour que la  clinique vérifie, vous ne paierez que la modique somme de 150 dollars, une paille. Vous serez remboursé en rentrant au pays.
Si vous n’avez pas un rond, malchanceux ou imprudent, crevez ! Pour un tel tarif, vous avez le droit de remplir une fiche de renseignement de 5 pages écrit très petit (n’oubliez pas votre dictionnaire médical bilingue), puis on vous appelle et une  infirmière fait le tour de votre état de santé général (tension, température, etc.) avant la venue du médecin. (Cliquer pour zoomer) : Photos : Calude David - Dollars
Vous pouvez très bien ressortir sans ordonnance, soigné de quelques phrases qui se veulent rassurantes.  Nous les premiers consommateurs de médicaments au monde en avons gros sur la patate dans un cas pareil.

Clint Eastwood

Heureusement que pour notre consolation, en faisant les courses chez Piedmont Grocery, une des meilleures épiceries d’Oakland, quelle surprise de se faire aborder par Clint Eastwood en personne à la caisse. Il nous prend pour des hollandais et ne se trompe pas sur le fait que nous sommes enrhumés puisque nous achetons des infusions chinoises pour aider à nettoyer nos virus.
Bon ok, c’était pas lui, mais il lui ressemblait beaucoup d’autant qu’il est maire de Carmel, un bled de 4000 habitants à 2 heures de route d’ici, qu’il est de San Francisco, que sa famille est de Piedmont, à un jet de pierre d’où nous sommes et qu’il a fait ses études au lycée d’Oakland, juste à côté, a travaillé dans une station service, puis fut pompier et enfin pianiste de ragtime, tout ça dans le quartier.
Bref, si ce n’était lui, c’était donc son frère, ou un cousin...
En tout cas, les californiens vous abordent pour un oui ou pour un non, plutôt pour un oui d’ailleurs car ils sont de prime abord sympathiques et accueillants.
Claude David
Crédit photo : Claude David

Chronique californienne, saison 2 (17 ème jour)

 Un axonais en Californie : Dans un lycée californien (1ère partie)

(cliquer pour zoomer) Chronique californienne, saison 2 (17ème jour)

Christèle est le seul professeur de français au lycée de Concord en Californie. Elle a quatre classes de niveaux différents, ses élèves ont de 14 à 18 ans.
Le lycée commence au niveau correspondant à une troisième de collège français. Les effectifs peuvent être très lourd, jusqu’à 37 élèves dans une classe. La classe la moins chargée compte 12 élèves, ce sont des « avancés », c’est-à-dire des « quatrième année ».
Dans chaque classe, surtout pour les « première année », le niveau des élèves est très hétérogène. Ce sont les élèves qui ont choisi d’étudier le français, l’enseignement étant « à la carte ». Ceci dit, le fait d’étudier une langue étrangère leur apportera des points pour leur entrée à l’Université.

Concord est une ville résidentielle de la grande banlieue de San Francisco, avec une population où les ethnies les plus  eprésentées sont les mexicains et les sud-américains, les philippins, les chinois, les vietnamiens, très peu de noirs. Un tiers des effectifs est composé de blancs d’origines diverses.
La moitié des élèves ne feront probablement pas d’études supérieures et travailleront assez rapidement. Dans ce lycée, les professeurs utilisent les moyens informatiques pour le suivi des élèves, quasi-journalier. Une assistante de Christèle qui est une élève volontaire de quatrième année met en ligne les résultats des élèves, que les parents peuvent consulter. De surcroît, les parents qui le désirent peuvent échanger par mail
avec le professeur pour tout problème concernant leurs enfants.Le professeur peut prévenir l’ensemble des élèves et/ou des parents pour donner des informations, échanger également avec les élèves ou les parents individuellement. J’ai eu l’occasion de lire quelques travaux d’élèves qui peuvent nous étonner et pour preuve voici la copie
de la dissertation de la jeune Casey, 16 ans, élève de 4ème année, plutôt bonne élève et que je vous livre tel quel, sans corrections du français.
Sujet de la dissertation : A votre avis, est-il plus important d’avoir une vie familiale heureuse ou d’avoir beaucoup d’argent ? Expliquez votre choix.
« A mon avis, une vie familiale heureuse est plus importante d’avoir beaucoup d’argent. Un peu d’argent est nécessaire pour vivre, mais plus peut être mauvais. Paris Hilton a beaucoup d’argent, mais personne ne l’aime. Elle n’est pas sympathique. Alors, une vie familiale est plus importante.
La vie familiale change les autres aspects de la vie. Les gens qui ont une vie familiale heureuse sont heureux avec leurs amis et dans leur travail. Dans ma famille, le bonheur est plus important de l’argent. Nous n’avons pas beaucoup d’argent, mais nous nous aimons. Alors je suis heureuse dans ma vie en entier. Dans ma vie, l’argent est juste un peu important. J’ai besoin d’assez d’argent pour la nourriture, l’abri, et les autres nécessités, mais pas plus. Beaucoup d’argent est agréable, mais l’amour est mieux. L’amour est sans prix.
»
Casey
Demain, je vous donnerai les résultats de l’enquête que j’ai lancée avec le concours de la classe de Casey et
de son professeur de Français, à propos de leur vision de la France.
Claude David
Crédit photo : Claude David


(04/03/2008) - Un axonais en Californie : Dans un lycée californien (2ème partie)
(cliquer pour zoomer) légende : 4ème année

Chronique californienne, saison 2 (18 ème jour )

Dans un lycée californien (deuxième partie)

Comme promis, voici la petite enquête menée auprès des élèves de quatrième année qui étudient le Français au lycée de Concord en Californie. Ils y ont répondu avec beaucoup de spontanéité et d’entrain.

Première question : Pour quelles raisons avez-vous choisi d’étudier le français ?

Teresa : parce que mon  grand-père a parlé français. Aussi, c’est une belle langue !
Emily : Je l’ai choisi parce que la langue est très belle, cela m’intéressait.
Casey : J’ai choisi d’étudier le français parce que je l’adore ! C’est une très belle langue.
Tirzah : parce que la langue est très belle et ma grand-mère parle français
Tony : parce que la langue est belle et j’espère un jour pouvoir voyager en Europe. Aussi, être trilingue, c’est cool.
Carla : Je l’ai choisi parce que c’est la langue de l’amour ! Aussi parce que je parle déjà deux langues,l’espagnol et l’anglais, alors je veux parler trois langues importantes.
Cynthia ; J’ai choisi d’étudier le français parce que je sais l’espagnol et je voulais apprendre une autre langue.
Marleth : J’ai choisi d’étudier le français parce que je veux être trilingue.
John : J’ai choisi d’étudier le français parce que c’est une langue très jolie et je ne comprends pas l ’espagnol qui est mon deuxième choix.

Deuxième question : Comment imaginez-vous la vie en France par rapport à votre vie ici ?

Teresa : Cela dépend de la ville. Si c’est une petite ville, ce serait calme. Mais j’habite dans une grande ville, donc une ville comme Paris serait mieux pour moi. Je mangerai beaucoup de fromage. J’imagine qu’il y a beaucoup de restaurants, beaucoup d’aventures dans la nuit, beaucoup de gens et beaucoup d’attractions.
Casey : La vie en France est probablement assez comme la vie aux Etats-Unis (sauf la Sécurité Sociale !)
mais les gens sont pareils partout.
Tirzah : Ca dépend de la région, je pense. Paris est différent de Nice comme San Francisco est différent du « midwest ».
Marleth : Je pense que la vie en France dans certains endroits est plus tranquille qu’ici. Ici, la vie est compliquée et le rythme de vie très rapide. Je pense que la façon de penser en France est plus humaine (je pense). Je pense que les français sont plus cultivés.
John : En France, il y a la Sécurité Sociale, c’est très très bon pour tout le monde. Ici, c’est très difficile parce que les gens ne reçoivent pas l’attention médicale qu’ils méritent. La famille est plus importante en France qu’ici.

Pouvez-vous citer pour la France : un écrivain, un acteur ou une actrice, un chanteur ou une chanteuse, un homme politique ?

L’écrivain : Victor Hugo (cité 11 fois), Edmond Rostand
L’acteur ou l’actrice : Gérard Depardieu (cité 9 fois), Juliette Binoche, Audrey Tautou
Le chanteur ou la chanteuse : MC Solar (cité 5 fois), Edith Piaf (2 fois), Nino Ferrer, Henri Salvador,
Pascal Obispo, Monsieur Clément, Alizée, Francis Cabrel, Vanessa Paradis
L’homme politique : Nicolas Sarkozy (cité 10 fois).
Voilà la France vue par des jeunes américains de la côte ouest en 2008... dans une classe qui a choisi tout de même de s’accrocher à la langue française puisqu’en quatrième année de pratique de notre langue au lycée.
Qu’ils soient remerciés de leur participation en lisant ces lignes aussitôt que leur professeur de français leur donnera le lien de basdelaisne.com...
Encore merci à toute la classe et à son professeur !
Claude David
Crédit photo : Claude David .


Chronique californienne, saison 2 (18 ème jour )

(19ème jour)Dimanche 2 mars : Amour, Gloire et Beauté

Voici le terme de ce séjour en Californie, dernier jour. Moment de bilan. Est-ce que l’on aimerait vivre ici ? Est-ce que l’on pourrait rester ?
Beaucoup de français qui viennent ici sont jeunes et travaillent un temps dans la Silicone Valley pour leurs compétences informatiques, amassent de l’argent puis retournent en France en disant tout le mal qu’ils pensent de ce pays.
S’il leur convenait, ils y resteraient probablement. Mais, il a de gros défauts, le pays de l’oncle Sam, des défauts qui ne « passent » pas pour un français.
D’outre Atlantique, bien sûr, nous voyons avec du recul les nôtres de défauts : cette France souvent empêtrée, paralysée, qui a tant de mal à  se montrer dynamique, ces français, qui râlent tout le temps, qui feraient mieux souvent de prendre le taureau par les cornes... Cette incapacité de penser par soi-même sans se référer à une tribu, un clan,
un système. Cette prétention un peu fatigante pour les étrangers : « oui, vous êtes le plus beau pays de la Terre, on le sait !!! »
Mais alors pourquoi tant d’émigrés se précipitent vers cet Eldorado qu’incarne toujours l’Amérique ? Pour comprendre cela, il faut réaliser que la plupart de ces populations viennent de pays très pauvres où même en travaillant dur, ils n’auraient eu
aucune chance de vivre décemment ! Quel espoir a-t-on de s’en sortir lorsque l’on est mexicain, philippin, brésilien, chinois, né dans la grande masse des déshérités de ces pays surpeuplés ? Ces gens-là n’ont pas les  mêmes critères que nous...
N’empêche que, la petite phrase de John, cet élève du lycée de Concord me trotte dans la tête : « Ici, c’est très difficile parce que les gens ne reçoivent pas l’attention médicale qu’ils méritent. »

Il y a bien un problème criant d’injustice à la base de ce système. Oui, on peut croire que tout est possible, qu’on va se « faire soi-même », qu’on va « réussir »... la question ne se pose pas pour une minorité qui est déjà sur les bonnes traces... quand vous savez qu’il y a à New-York des écoles maternelles où l’on sélectionne des élèves de 4 ans suivant leur QI !
Donc, aucun problème si l’on est riche et en bonne santé...

En revanche, qu’est-ce qui fait qu’on choisit de partir en Irak sous l’uniforme, recruté par bourrage de crâne dès le lycée ? Qu’est-ce qui fait qu’un américain sur 100 est sous les verrous, un noir sur 9 ?
La plus grande démonstration de la faiblesse du géant américain me semble résider dans le système médical, une dernière anecdote pour vous éclairer :
Pour une opération bénigne, notre professeur de français de Concord, entre en clinique un matin, subit une anesthésie générale pour ressortir l’après-midi même (déjà, c’est pas mal). Le chirurgien lui prescrit une quinzaine de jours de repos, mais son lycée (pour lequel elle doit elle-même trouver ses remplaçants, même s’ils sont incompétents dans sa matière, puisque la plupart ne parlent précisément pas français du tout, il faut le faire !), son lycée donc, ou plutôt le système d’Education du district, ne peut lui payer un congé aussi luxueux.
Donc, que faire ? Demander au chirurgien de raccourcir le délai de convalescence et retourner travailler en courant le risque d’avoir un problème !
Par ailleurs, pour ce professeur, qui bénéficie d’une mutuelle, et qui n’est donc pas la plus à plaindre, l’opération coûtera quelques centaines de dollars, elle estime bien s’en tirer, tout le monde n’a pas cette chance. En revanche, quid de la prévention ! Il existe une formule ici que l’on pourrait assimiler à un système de franchise, qui fait que l’on paie plein pot les frais de santé en dessous d’un seuil. Dans ces conditions, vous négligerez un certain nombre d’examens qui ne paraissent pas urgents mais qui peut-être pourraient vous sauver la vie, pensez en France et dans notre département de l’Aisne justement, à la campagne de prévention du cancer du sein, dont les examens sont gratuits pour toutes les femmes.   


Une dernière, pour la route :
Talita, une amie d’origine brésilienne doit subir une petite intervention de chirurgie plastique : cela coûtera le prix du voyage au Brésil aller-retour pour toute la famille. Elle aussi pourtant possède une couverture sociale...
Vivre ici, donc, quand on a connu la solidarité à la française, n’est pas simple. Je n’ose pas penser à l’idée d’y vieillir !
Est-ce que « Amour, Gloire et Beauté » est toujours diffusé en France ? Non, comme ça, pour savoir si le sirop américain était toujours administré par chez nous ?
Allez, on rentre, adieu San Francisco, à bientôt les amis, dans notre modeste mais génial petit coin comme dirait Daniel Mermet.
Claude David

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