|
Retour page précédente
De son côté, Ricardo se perdait un peu dans le métro –lui aussi s’affolait- et se trouva bloqué dans un ascenseur. Il avait eu le temps de lire que ce Gulbenkian était un riche arménien qui s’était enrichi dans le commerce du pétrole, il fut ministre d’Iran en France et se réfugia à la libération au Portugal.
Il montra sa reconnaissance à ce pays d’adoption en lui faisant don de son immense collection qui réunissait des œuvres variées de l’orient et de l’occident, des pièces provenant d’Egypte, de Chine ou de son Arménie familiale, mais également des objets du moyen-âge et de la Renaissance, enfin des œuvres européennes et plus particulièrement françaises du XIIIème au XIXème siècle.
Des oeuvres françaises, se dit Ricardo, c’est là qu’il faut chercher ! De la station de métro, il y avait encore une bonne distance à parcourir et Ricardo la couvrit en courant. Il faillit même dépasser le musée sans le voir, grand bâtiment moderne, bas et plat, dissimulé dans la verdure et invisible de loin.
Néanmoins, il arriva le premier et traversa diverses époques et divers continents pour atteindre, haletant, la partie « Arts décoratifs et peinture française du XVIIIème siècle ».
Le taxi d’Emilio se garait alors devant l’entrée du musée. Ricardo délaissa le mobilier, regardant les tableaux tour à tour. C’étaient des personnages français, des paysages français, il sentait l’émotion l’étreindre.
Soudain, il vit un tableau un peu sombre intitulé en anglais « sur le chemin des fermes de Luzancy ».
-Bon sang, se dit-il, je suis proche, Luzancy en Seine-et-Marne, c’est à 25 km de Château-Thierry !
Content de sa trouvaille, il pensa, dans l’urgence de l’action –son frère ne tarderait pas- à trouver le conservateur du musée, espérant une aide, car même s’il avait trouvé un tableau représentant Château-Thierry, que faire après l’avoir identifié ? C’était bien vu, cependant, l’idée suivante qui lui vint, était moins bonne : il repartit dans la galerie, retraversant l’histoire et le temps.
Emilio arrivait dans le hall à ce moment là. La personne de l’accueil parlait français. Elle lui indiqua les œuvres françaises auxquelles on pouvait accéder directement sans parcourir tout le musée. En fait, elles n’étaient qu’à quelques dizaines de mètres de lui. D’instinct, il se précipita sur les paysages qui lui faisaient face, il vit des œuvres de Corot et parmi elles, il trouva soudain l’œuvre recherchée depuis presque une semaine : un petit tableau représentant une femme avec un bâton, au pied des murailles du vieux château et à gauche, plus loin, l’église Saint Crépin à Château-Thierry.
Enfin !
Mais maintenant ? Il eut beau scruter le tableau… en quoi avait-il trouvé un trésor ? Le tableau appartenait sans doute à la fondation Gulbenkian. Et son frère, où en était-il ? Il n’imaginait pas que celui-ci était dans le musée, remontant les galeries entre marche rapide et petite foulée, bousculant un peu les tranquilles visiteurs. Passé ce moment de désarroi, Emilio finit par prendre la même décision que Ricardo quelques minutes plus tôt : trouver et interroger le conservateur.
→ page 10
|
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.