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Retour page précédente Et les vieux qui venaient là s’assoir et parfois s’assoupir dans d’antiques et profonds fauteuils retrouvaient sans doute un peu du pays quitté pour ne pas y mourir de faim, il y avait plus d’un demi-siècle. Ricardo, cette fois-ci, se sentit vraiment étranger. Il but rapidement un petit café au bar et quitta la fraîcheur du lieu pour retrouver les rues grouillantes de la foule et des activités. Quand la musique enregistrée de son portable claironna, il se baladait sans but précis dans la grande avenue de la liberté –les Champs Elysées de Lisbonne, disait le guide-, en proie à la rêverie. -C’est moi, Emilio. Ecoute, je reviens de Cascais par le train, je suis à Lisbonne dans 15 minutes. On pourrait se voir ? -Si tu veux, on se voit à la gare Cais do Sodré, je ne suis pas loin à pied, attends moi. Effectivement, les deux frères arrivèrent simultanément à la gare ; ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, d’accord, ils jouaient « personnel », mais frères quand même ! Ils marchèrent jusqu’à un café où ils se racontèrent leurs visites, leurs découvertes, leurs multiples déceptions aussi. Ils ne voulaient pourtant pas abandonner, ni l’un, ni l’autre. Ils se donnaient encore quelques jours, après tout, ce n’était pas si désagréable et ils se confièrent mutuellement leur surprise dans la découverte de leur pays d’origine. -Moi qui n’était jamais entré dans un monastère ! s’écria Emilio. -En quelques jours, j’ai vu plus de statues qu’en vingt ans ! renchérit Ricardo, les yeux écarquillés. Un moment, Emilio quitta la table, pris d’une envie pressante. Machinalement, Ricardo ouvrit le guide que son frère avait imprudemment laissé sur le bord de la table. Il l’ouvrit à une page cornée et lut : « Musée Calouste Gulbenkian. Grand amateur d’art, il consacra une partie de ses fabuleux revenus à l’achat des plus belles œuvres artistiques du monde… » « A la croisée des civilisations », se dit-il, le frangin a peut-être trouvé quelque chose ! Ce Gulbenkian m’intéresse ! Et brutalement, il quitta le bar, laissant le guide entr’ouvert sur la table. -Ah, le salaud ! ne put réprimer Emilio en se précipitant dehors. Il avait analysé immédiatement la situation. Ne voyant pas son frère dans la rue, il se mit à chercher un taxi, l’index crispé dans la page marquée. -je suis sûr qu’il va au musée Gulbenkian, se disait-il, il va prendre le métro. Effectivement, Ricardo se dirigeait vers le métro, le musée se trouvait non loin d’une station « Praça-de-Espanha » au nord de la ville. Le taxi était plus rapide, encore fallait-il en trouver un. Dans l’affolement, Emilio ne pensa pas à retourner vers la gare où des taxis attendaient. Il perdait de précieuses minutes. |


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