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Emilio, ne se laissait pas, lui, aller au sentimentalisme du petit frère. Néanmoins, il était de plus en plus impressionné par la quantité de sites remarquables autour de Lisbonne. Il se dit à plusieurs reprises que cette enquête ne mènerait à rien car il avait sous-estimé l a quantité des monuments, palais, musées, existants dans la région.
-Si je m’étais un peu plus intéressé au pays de mes ancêtres, se disait-il, je saurais sans doute mieux me diriger !
Comme pour Ricardo, l’expression : « à la croisée des civilisations » le titillait. Le grand-père, une sorte de philosophe, avait pesé ses mots. C’est ainsi qu’il décida de retourner dans un monastère que lui indiquait son guide de poche : Batalha. Deux peuples s’étaient affrontés près d’ici : croisée des civilisations ! Le roi Joao 1er promit de construire ce monastère s’il remportait la bataille (Batalha) contre les espagnols, il fut aidé par des troupes anglaises et vainquit les castillans, pourtant plus nombreux. Emilio pensait tenir un bout de la solution du mystère. Il fut ébahi par la hauteur de la nef (32m) et ressentit quelque chose comme une sorte de fierté. Mais il alla de surprises en surprises, de la chapelle du Fondateur, mausolée du roi et de Henri le navigateur qui instigua les grandes découvertes aux Chapelles Inachevées, merveilles de dentelles de pierre évoquant les moucharabiehs arabes (croisée des civilisations !) qui aurait pu lui rappeler l’Alhambra de Grenade, s’il en avait seulement connu l’existence !
On était bien à une croisée des civilisations mais… on chauffait certainement. Cependant, rien ne pouvait évoquer la France. Fausse route.
Cela n’empêcha pas Emilio de prendre le bus pour un autre monastère, santa Maria de Alcobaça. C’est à croire que notre voyageur commençait à s’intéresser à l’architecture religieuse, lui qui ne croyait à pas grand-chose à part le pouvoir de l’argent...
A Alcobaça, les civilisations se rencontrent ou s’affrontent. Affrontement avec les troupes musulmanes, repoussées lors de la Reconquista. Afonso Henriques, premier roi du Portugal, est originaire de Bourgogne et Bernard de Clervaux n’est autre que son cousin. Et c’est pour le remercier de l’aide que ce dernier lui procura contre les invasions maures, qu’il donna ce territoire à l’ordre de Saint Bernard et qu’aujourd’hui l’on peut admirer cette sévère mais pure œuvre de l’art cistercien.
Emilio était attiré et intrigué par la présence de deux tombeaux royaux séparés dans chaque branche du transept de l’église. Pourquoi le roi Pedro et la reine Inès n’étaient-ils pas côte à côte ?
Se posant la question à voix haute malgré lui, un vieil homme, dans son dos, lui demanda :
-Vous n’avez pas lu la Reine morte de Montherlant ?
-Non, je ne suis pas très bouquin…
-Si vous l’aviez lu, vous connaîtriez la légende qui s’attache à ce lieu. Inès de Castro était l’amante de Pedro, fils du roi, mais elle était également dame d’honneur de sa femme Constance de Castille. Le roi la fit éloigner de la cour mais les deux amants se retrouvèrent et eurent de nombreux enfants après la mort de Constance. Afonso IV fit tuer par ses conseillers la belle Inès. Après la mort de son père, Pedro devenu roi, installa le cadavre de sa bien-aimée sur le trône et obligea la cour à baiser la main du cadavre. Voilà pourquoi leurs tombeaux sont séparés sur la terre mais dans l’espoir d’être réunis ensuite au ciel.
Emilio remercia le vieil homme et passa un long moment à observer les bas-reliefs des deux tombeaux, tachant d’en comprendre le sens, en regrettant les outrages commis par les troupes napoléoniennes au début du XIXème siècle.
Avant de partir, il admira une grande composition en terre cuite colorée dite du « transit de Saint Bernard ».
Et voilà. Il était bien plus avancé dans ses connaissances des trésors de l’art, mais pas dans celles de son propre trésor, celui qu’il était sensé chasser ! page 6→
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