4 Dans le vieux Lisbonne

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Enquête à LisbonneRicardo était bien le plus jeune, en âge comme en esprit. Beaucoup plus dispersé que son frère, il se perdait souvent dans des lieux très improbables quant à l’objectif de leur recherche commune.

Parvenu à Lisbonne, il ne put s’empêcher de monter dans l’ascenseur Santa Julia au gothique métallique qui l’éleva jusqu’à la l’église du Carmo dont les murs avaient résisté au tremblement de terre de 1755 mais laissa la nef à ciel ouvert avec quelques arcs délicats miraculeusement suspendus.

L’ascenseur avait été réalisé par un français –collègue d’Eiffel- mais décidément, Ricardo restait hors de la bonne piste.

Le soir, il traînait dans les rues hautes de Lisbonne, dont les façades des immeubles étaient parfois recouvertes de graffitis indiquant que la misère le disputait au pittoresque de ces vieux quartiers.

Il entra par hasard dans une des plus réputées boîtes à fado, qui ne payait pas de mine. Il avait souvent entendu parler du fado, par son grand-père. Il en avait conclu que c’était un genre de blues. Pour voir le spectacle, il dut prendre un dîner parmi les habitués et quelques touristes. C’était une succession de chanteurs, chanteuses, musiciens traditionnels et enfin l’incontournable trio de fado : chanteuse, guitare et guitare portugaise. La plus connue des chanteuses –ce qu’un touriste lui apprit- arborait une chevelure verte en signe de soutien à une équipe locale de foot. Avant de sortir, il regarda les nombreux tableaux accrochés aux murs, en pensant : ce n’est pas ici que je trouverais une vue de Château, sûrement pas ! Il était minuit et il fallait dormir quelque part.

En demandant dans la rue à des personnes âgées, il fut dirigé vers une petite location dans un 6ème sans ascenseur, au cadre monastique mais d’une propreté sans faille et au prix du camping. En contrepartie, il comprit qu’il devait arroser les fleurs du palier avec la grosse bouteille en plastique laissée intentionnellement près du bac.

Au matin, il dépensa 1 euro 50 pour un café avec un croissant et vit qu’il pouvait déjeuner pour cinq euros à condition de ne pas redescendre trop vite vers la Baixa, où les touristes s’engouffrent comme le raz-de-marée qui détruisit les quartiers bas à la suite du tremblement de terre.

       

 De collines en collines, il finit par redescendre vers la vaste place du commerce d’où il sauta dans un tram pour ré-escalader les pentes sans effort. Il s’arrêta au Castelo Sao Jorge qui domine la ville et le Tage. En apprenant que le château était en partie wisigoth, en partie arabe puis finalement chrétien, il se remémora la phrase du papy -qu’il connaissait maintenant par cœur- et qui disait :

« A la croisée des civilisations ». C’était aussi un indice qu’il avait négligé jusque là. Malheureusement, à part la statue d’Afonso Henriques de Bourgogne, en armure, rien à voir.

Il oublia un peu sa déception et la chaleur qui commençait à devenir accablante à l’ombre d’une muraille pour écouter un guitariste qui interprétait des airs classiques. Une demi-heure se passa plutôt agréablement pour ce petit concert imprévu et il en fut étonné car c’était une grande nouveauté pour lui dont la culture musicale se réduisait à quelques extraits réemployés dans des pubs de lessive à la télé.

Lisbonne se révélait à lui comme une ville mouvante et bariolée et ce caractère il le retrouva, encore plus accentué, redescendant par le vieux quartier d’Alfama. Il fut séduit par l’authenticité des lieux. Quartier populaire mais quartier poétique s’il en fut, avec ses petites places, ses ruelles tortueuses, l’inévitable linge aux fenêtres bien sûr mais aussi des surprises comme ces jambes de femmes aux bas résille jaillissant d’un mur, et cette ambiance sonore étonnante qu’il ne pouvait qu’interpréter : des chahuts, des insultes, des invectives ? Il s’arrêta dans un petit café coincé devant une placette d’église, à l’ombre d’une treille, pour déguster encore un petit café. Le jeune avait l’impression soudain d’être d’ici, dans une espèce de retour aux sources.         
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