2 Versailles et Beaune au Portugal

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Enquête à Lisbonne -Voilà, se dit Emilio, moi qui n’ai jamais voulu mettre les pieds dans les musées et les palais, me voici à Versailles !

En effet, le palais de Queluz, à quelques kilomètres de Lisbonne, était une sorte de réplique de Versailles. C’était l’œuvre d’un portugais, Mateus Vicente de Oliveira et d’un français, Jean-Baptiste Robillon, qui acheva les bâtiments et fit implanter des jardins à la française pour plaire à la commanditaire, la reine Maria 1ère, qui passa sa jeunesse à la cour de France.

L’idée d’Emilio brillait d’évidence : d’abord, il cherchait bien dans la région natale du grand-père –né à Cascais, tout près de Queluz- et d’autre part, grâce à cette reine francophile et à son architecte, il y avait peut-être des chances de trouver trace de la ville de Château-Thierry dans l’une des nombreuses œuvres du site. Le palais rappelait vraiment Versailles en taille plus modeste et malgré ses décors rococo. On y Enquête à Lisbonnepénétrait par une sorte de galerie des glaces, le ton était donné. Bien sûr, parmi les tableaux exposés, on pouvait rencontrer ça et là, un prince français ou d’origine française. Emilio apprit ainsi qu’Afonso Henriques (Alphonse-Henri) roi du Portugal en 1143, fonda la dynastie de Bourgogne. Il n’était donc pas étonnant de voir l’un des personnages illustres de cette famille issue de France représenté ici. Mais la Bourgogne était loin de Château-Thierry ! La profusion de tableaux, de tentures, de sculptures, rien n’évoquait la sous-préfecture de l’Aisne.

  Emilio en avait mal aux yeux de tout scruter, tout observer en détail. Même les plafonds peints retenaient son attention et il en avait le tournis.

Enquête à Lisbonne A la boutique du musée, il feuilleta encore les livres contenant des illustrations du château. Sans succès.

   Il n’est pas étonnant d’apprendre que les deux frères, si proches –ils n’étaient qu’à un an d’écart- avaient chacun de son côté, noté scrupuleusement la fameuse phrase du testament. L’un, tapée sur son PC, sortie imprimante, le document quittait sa poche dix fois par jour pour y chercher un nouvel indice. C’était Emilio.

Ricardo, lui, l’avait notée en message sur son téléphone portable, il ne la consultait pas moins.

 Enquête à Lisbonne Pendant que les hasards de l’auto-stop avaient lâché Ricardo à Coimbra, l’ancienne prestigieuse université, Emilio arrivait en bus devant l’imposant palais-monastère de Mafra.

  Pourquoi Mafra ? L’indice était léger : dans un guide touristique, Emilio lut que Joao V avait réalisé le vœu de construire un monastère si le ciel lui donnait un héritier. Héritier, héritage, testament… pourquoi pas ? Ce n’était pas bien clair, certes. Mais en même temps, quelque chose en lui avait envie de voir un décor opposé à celui de Queluz et surtout… moins de tableaux, de sc ulptures, de tapisseries qu’au château de Queluz! il ne fut  pas déçu. Mafra était immense, le roi constructeur avait voulu égaler l’Escorial, intégrant une basilique, un hôpital, un monastère et un palais royal. Mais heureusement, sur les quatre hectares de Enquête à Lisbonnel’imposant ensemble, seule une petite partie se visitait. C’était très imposant mais très loin du foisonnement de Queluz. Emilio n’avait plus besoin de scruter chaque œuvre. Devenu un peu expert, il gagnait du temps. Il se surprit aussi à oublier un peu les raisons de sa visite.

  Ces statues de moines semblaient danser, ce salon de chasse où cornes et bois de cervidés se mêlaient au mobilier, tout cela l’intriguait, l’amusait.

  Notre jeune détective se replongea dans l’objet de sa recherche en pénétrant dans l’infirmerie des moines. Il avait déjà vu cela en France, lors d’un voyage scolaire. Il Enquête à Lisbonne pensa immédiatement aux hospices de Beaune. Les religieux atteints de maladies graves étaient alités dans des alcôves de part et d’autre d’une allée centrale qui devenait nef d’une église, lorsque l’on tirait les lits face au chœur pour la messe.

  Encore une fois, cela renvoyait à la Bourgogne, non à la Picardie.

Enquête à Lisbonne En arrivant devant l’immense et vénérable bibliothèque baroque, il eut l’idée fugitive que dans l’un des 38000 ouvrages se cachait peut-être une représentation de Château-Thierry ? Improbable.

Et de toute manière, le public ne pouvait en aucun cas toucher l’un de ces livres, alors…

En jetant un dernier coup d’œil sur la façade géante de Mafra, il sut définitivement qu’il avait fait fausse route et chercha s’il y avait un camping dans la ville.


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